Jeffrey Sachs..

Il y a environ deux semaines, Jeffrey Sachs, économiste très réputé, donnait une conférence à Berlin sur les objectifs du millénaire pour le développement, qu’il a contribués à développer.

Ardant défenseur d’une politique d’aide plus massive en faveur des pays en développement, Sachs a fustigé le manque de courage et d’ambition des hommes politiques actuels en matière de lutte contre la pauvreté.

Il a rappelé à ce titre l’époque où, au début des années 60, un président américain suggérait que son pays envoie un homme sur la lune avant la fin de la décennie, projet qui pouvait paraitre à l’époque démesuré et a pourtant finalement réussi.

Mais le problème est que ce même Jeffrey Sachs a été l’un des fers de lance du néolibéralisme dans les années 80 et 90, qu’il a contribué à étendre brutalement au monde en appliquant notamment une thérapie de choc désastreuse aux anciens pays soviétiques. « Thérapies » qui auraient provoqué selon certains rapports le décès prématuré de plus de 3 millions de personnes dans ces pays, et pour lesquelles Sachs essaie depuis de faire oublier sa participation.

Alors oui on manque de dirigeants courageux de nos jours, mais le moins que l'on puisse dire est que le Sachs qui leur fait la leçon aujourd’hui ne leur a pas facilité le travail par ses actions d’hier.

Car dans le monde néolibéral imaginé par Sachs et ses amis, si un gouvernement décide aujourd'hui d’un projet aussi ambitieux qu’envoyer un homme sur la lune, alors :

- Les marchés financiers n’oublieront pas de le sanctionner en augmentant leurs taux d’intérêt, craignant que cela n’entraine une augmentation de sa dette publique

- Les agences de notation n’oublieront pas de dégrader la note attribuée au pays concerné pour la même raison

- Et toute tentative de financer un tel projet via une augmentation des impôts ne pourrait qu’accentuer l’exil fiscal ou les délocalisations d’entreprises.

On se dit alors, quel beau métier que celui d’économiste dominant où l’on peut durant la première partie de sa carrière provoquer par ses conseils le décès prématuré de millions de personnes et dans la seconde partie être acclamé comme un champion de la lutte contre la pauvreté ; où l’on peut durant la première partie de sa carrière façonner un monde qui affaiblit considérablement le pouvoir des Etats et dans la seconde partie passer son temps à faire la leçon à des gouvernements jugés bien trop timides.

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