Turner et la monnaie hélicoptère

Nous avions traduit en décembre avec RST un chapitre de l'excellent ouvrage d'Adair Turner "Between Debt and the Devil", où il abordait notamment la question du financement par la banque centrale d'une partie des dépenses publiques en période de crise.

Autrement dit, le fait que la banque centrale pourrait verser gratuitement et sans contreparties de l'argent sur le compte de l'Etat pour lui permettre de dépenser plus et relancer l'économie en période de crise, SANS qu'il n'ait pour autant à s'endetter davantage.

C'est une des formes que pourrait prendre un financement par la fameuse monnaie hélicoptère.

Turner aborde à nouveau le sujet dans un article paru dans le Financial Times lundi dernier. Il explique que, pour lui, la principale question derrière les débats autour de ce type de financements est davantage politique qu'économique :

Le débat sur [les] mérites [de la monnaie hélicoptère] peut se perdre dans des complexités techniques. Mais la question importante est politique : pouvons-nous définir des règles et des responsabilités qui assurent que le financement monétaire est seulement utilisé dans des circonstances et des quantités appropriées.

En effet, on pourrait craindre que les gouvernements abusent de ce type de politique et dépensent alors de manière complètement inefficace l'argent public, puisqu'ils savent qu'à la fin ils pourront toujours compter sur des financements de la banque centrale pour équlibrer leur budget.

La réponse de Turner, que je trouve pleine de bon sens, est alors la suivante :

La réponse pourrait s'avérer négative : dans ce cas, nous risquons de rester coincer pour de nombreuses années avec une croissance faible, une inflation en-deçà de sa cible et une augmentation des taux d'endettement. Mais nous devrions au moins débattre pour savoir si le problème peut être résolu.

Un tel financement soulève donc certes de nouveaux problèmes. Mais, compte tenu de la gravité de la situation et des possibilités offertes par la monnaie hélicoptère, nous devrions au moins débattre pour savoir si ces problèmes de nature politique peuvent être résolus.

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