L'Entreprise Liquidée - La Finance contre l'Investissement

Je vous recommande la lecture de ce livre excellent, L'entreprise liquidée, la finance contre l'investissement, écrit par trois jeunes économistes français : Tristan Auvray, Thomas Dallery et Sandra Rigot.

Je laisse les auteurs résumer eux-mêmes la thèse de leur livre : "Au-delà de son rôle, déjà considérablement néfaste lors de la dernière crise, il nous semble que la finance est à blâmer pour avoir continûment freiné l'activité économique depuis les 35 dernières années. La thèse que nous défendons dans cet ouvrage est que la finance a mis en place un ensemble d'institutions inamicales envers les entreprises, la croissance et l'emploi."

Ce livre est divisé en trois parties, la première revient sur le rôle des marchés financiers et leur évolution dans l'histoire, la seconde sur les défauts du processus de financiarisation des économies que nous avons connu ces 40 dernières années, et la dernière apporte des solutions pour, comme le disent les auteurs, "remettre la finance à sa place".

Parmi les solutions avancées dans cette dernière partie figurent notamment celles-ci :

- Réduire la liquidité des marchés secondaires (celui où s'échangent les actions déjà achetées), en arrêtant les cotations inutiles et destabilisantes des actions à la milliseconde pour une cotation une fois par semaine, par mois ou même par an. Cela rapprocherait le temps de référence de la finance de celui de l'entreprise.

- Augmenter la part des profits allant aux actionnaires plus anciens d'une entreprise ainsi que leur droit de vote au détriment des dividendes perçus et des droits de vote détenus par les actionnaires plus récents. Cela favoriserait ainsi l'actionnariat de long-terme.

- Rendre les entreprises moins dépendantes des actionnaires, en repensant leur gouvernance et la manière dont sont distribués les profits entre actionnaires, salariés et investissement.

- Encadrer plus strictement les innovations financières, en faisant notamment appel au bon sens : on ne devrait pas pouvoir par exemple pour acheter des produits dérivés sur des actifs que l'on ne possède pas ! (Aujourd'hui avec ces pratiques "c'est un peu comme si vous pouviez souscrire une assurance sur la voiture de votre voisin et que vous receviez des indemnisations en cas d'accident du voisin !").

- Enregistrer toutes les transactions financières dans une chambre internationale d'enregistrement pour connaitre l'identité des détenteurs de tous les actifs financiers et pouvoir mieux contrôler le monde de la financer. Et en profiter en prime pour enfin instaurer une taxe Tobin.

- Fixer, comme le propose Lordon, des seuils maximum à la rentabilité des actions. Au-delà de ce seuil, la taxation est tout simplement de 100%.

- Créer une sorte de grande banque publique d'investissement, destinée au financement des investissements de long terme jugés les plus utiles pour la société (comme la transition écologique par exemple).

Un livre qui se lit très facilement et ai accessible à tous, à partir du moment où l'on s'intéresse un peu à l'économie.

Et un livre qui nous rappelle que bâtir un monde meilleur ne serait pas si compliqué, et que pour cela on pourra notamment compter sur une nouvelle génération d'économistes hétérodoxes brillants, en France et dans le monde, qui a le mérite à mon humble avis d'être un peu plus pragmatique que ses illustres aïeux.

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