Buying time - Wolfgang Streeck

Quelques citations tirées d’un livre excellent écrit par Wolfgang Streeck, sociologue allemand et directeur de l’institut Max Planck de Cologne, et intitulé « Buying time, the delayed crisis of democratic capitalism » .

  • A propos des intérêts que sert l'euro :

« Politiquement, un régime de change plus flexible en Europe mettrait fin à la coalition entre les pays exportateurs du nord (particulièrement l’Allemagne) avec l’appareil d’état et les classes moyennes du sud : la coalition qui est actuellement en train de couper dans les salaires et pensions des gens ordinaires vivant dans les pays méditerranéens de manière à ce que la classe urbaine aisée puisse acheter des voitures de luxe allemandes à un prix fixe et ses producteurs puissent compter sur des taux de change fixes et faibles – la coalition dans laquelle les modernisateurs néolibéraux dans les pays très endettés du sud utilisent le pouvoir d'emprunt des ‘marchés’ et organisations internationales pour assujettir leurs citoyens à la justice et aux lois du marché international, en retour d’un soutien moral et financier du Nord. »

  • A propos d'un autre régime monétaire qui pourrait être mis en place en Europe, en référence notamment aux idées avancées par Keynes lors de la conférence de Bretton Woods :

« Un modèle pour un nouveau système monétaire européen pourrait être le régime de Bretton Woods, créé sous l’influence de John Maynard Keynes, avec ses taux de change fixes mais ajustables. En son temps, il a servi à intégrer des pays comme la France et l’Italie, avec leurs syndicats et partis communistes puissants, au système de libre-échange de l’Ouest, sans les forcer à réaliser des ‘réformes’ qui auraient mis en danger leur cohésion sociale et leur paix interne. »

  • A propos du plus grand danger qui guette l'Europe de l'Ouest actuellement :

« En Europe de l’Ouest, le plus grand danger n’est pas le nationalisme – surtout pas le nationalisme allemand – mais un libéralisme économique de type Hayekien. L’achèvement de l’union monétaire scellerait la fin de la démocratie nationale en Europe – et par conséquent de l'une des seules institutions qui peut encore nous préserver d’un monde totalement intégré. Si, dans un futur prévisible, les différences développées historiquement entre nations européennes sont trop importantes pour être intégrées au sein d’une démocratie commune, alors les institutions représentant ces différences pourraient possiblement, comme solution de second choix, être utilisées comme un obstacle sur la pente vers un état à marché unique purgé de démocratie. Et tant que le choix idéal n’est pas la solution, le second choix reste le meilleur. »

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