Vivre dans un monde fini

Une amie m’a récemment fait la remarque suivante :

« J'avais une petite question concernant la croissance. J'ai l'impression que dans les différentes conceptions économiques, c'est une fin en soi, le but ultime à atteindre, seuls les moyens pour y parvenir sont différents. Est-ce vraiment le cas ou non ? »

Question très importante car c’est vrai que lorsqu’on écoute un débat entre deux économistes, on entend le plus souvent le premier nous dire qu’il faut plus de rigueur, d’austérité et moins de protections sociales pour relancer la croissance, tandis que le second explique qu’il faut que l’Etat dépense davantage pour relancer la croissance.

On se dit alors légitimement : mais y en a pas un pour nous dire que la croissance n’est peut-être pas la solution, mais plutôt le problème ??

La réalité est heureusement un peu différente de cette impression que peuvent nous laisser ces débats.

Car oui vous trouverez en effet dans le premier groupe un grand nombre de fanatiques de la croissance pour qui celle-ci, si elle est suffisamment forte, finira par régler tous nos problèmes.

En revanche, parmi ceux qui proposent des pratiquer des politiques de relance keynésienne, en augmentant la dépense publique, je n’en connais personnellement aucun pour qui cette politique de relance aurait pour but de nous faire produire et consommer plus de voitures, etc.

La plupart du temps, ces économistes ont dans la tête l'idée que cette relance doive servir à financer les investissements nécessaires à la transition écologique de nos économies.

Ces dépenses supplémentaires ne doivent donc pas être vues comme une fuite en avant vers le produire et consommer toujours plus, mais plutôt comme une manière de réaliser les investissements qui diminueront demain notre empreinte écologique.

Si on entend un économiste keynésien nous parler davantage de « relance économique » que de « transition écologique », c’est en règle général parce que le succès de la seconde est pour lui conditionnée à l’acceptation de la première. On ne parviendra pas à réaliser la transition écologique de nos économies sans des investissements publics massifs et donc sans une politique publique volontariste !

Le cœur du problème, sur lequel ont lieu principalement les débats, est donc la question du rôle de l’Etat dans l’économie. Mais l’idée que la plupart des keynésiens ont derrière la tête, c’est bien que si l'Etat pouvait disposer de marges de manœuvre supplémentaires, il les utilise en priorité pour financer de la transition écologique de nos économies.

Transition prélude à un monde plus sobre.

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