Malthus et la loi de Say (3)

Que dis donc Malthus dans le texte vu dans le billet précédent ?

Tout d’abord il fait référence à la théorie d’Adam Smith selon laquelle l’épargne est la source de l’investissement et donc de l'enrichissement de la société.

Selon cette théorie en effet, c’est parce que certains mettent de l’argent de côté en épargnant que d’autres peuvent emprunter de l’argent pour investir et donc accroitre la capacité de production de leur entreprise :

Epargne --> Investissement --> Accroissement des capacités de production

Mais Malthus fait alors la remarque suivante : cela fonctionne certainement jusqu'à un certain niveau d'épargne, néanmoins, si le taux d'épargne devient trop important, cela aura pour conséquence de fortement diminuer la consommation.

Or, si la consommation diminue fortement, les entreprises ne devraient plus être incitées à investir : en effet, à quoi bon acheter de nouvelles machines si la demande pour vos produits est faible puisqu'une grosse partie des revenus est épargnée !

Dans ce cas, on devrait avoir la relation suivante :

Forte d’épargne --> faible consommation --> baisse de l’incitation à investir

Malthus en tire alors la conclusion qu’un peu d’épargne est nécessaire à la croissance économique, mais qu’un excès d’épargne devrait lui être nocif.

Il doit donc y avoir un moment où une augmentation du taux d’épargne, au lieu de stimuler la croissance, va la ralentir.

Raisonnement que l’on peut résumer par le schéma suivant :

Malthus et la loi de Say (3)

Ce point de vue parait raisonnable, non ? Eh bien il a été totalement ignoré par la quasi-totalité des économistes de l'époque.

Et aujourd’hui encore, dans tous les modèles néoclassiques qu’étudient les étudiants à l’université, plus on épargne et plus l'économie croit : toujours plus d'épargne aboutit à toujours plus d'investissement.

Ce que l'on peut représenter de la manière suivante :

Malthus et la loi de Say (3)

Comme on l’a vu pour les modèles utilisés pour évaluer les "bénéfices" d’un allongement de la durée de cotisation pour financer les retraites, les modèles qui aujourd'hui dominent le monde de la recherche en économie sont bien souvent ceux qui adoptent ce type de raisonnements jusqu’au-boutistes.

Cela est d'autant plus regrettable qu'il a par ailleurs été montré par Keynes que dans une économie monétaire telle que la notre, ce n’est pas l’épargne qui permet l’investissement, mais l’inverse, comme je le rappelle dans ce livre.

La raisonnement qui voit dans l'épargne la source de l'investissement, et qui avait certainement du sens à l'époque d'Adam Smith, n'est donc plus correct aujourd'hui.

Pourtant, non seulement ce type de raisonnement continue à être majoritairement enseigné, mais en plus sous sa forme la plus extrême : toujours plus d'épargne ayant pour conséquence toujours plus d'investissements.

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