Domar et la fuite en avant du capitalisme

Peu après la seconde guerre mondiale, Domar développe un modèle économique de type keynésien qui met en évidence une propriété intéressante du capitalisme.

Cette propriété est qu’il est nécessaire d'investir toujours plus dans une économie capitaliste pour permettre à la demande d’y égaliser l’offre, autrement dit pour permettre l'écoulement de l'ensemble de la production.

Sans investissements, la demande y serait en effet largement inférieure à l’offre (on expliquera pourquoi une prochaine fois !).

On peut réécrire cela de cette manière :

- Sans investissements : Demande << Offre

- Avec investissements en quantités suffisantes : Demande = Offre

Mais, comme l’explique Domar, le problème est que ces investissements qui permettent d'augmenter le niveau de la demande aujourd’hui, vont aussi augmenter celui de l’offre demain.

En effet, ces investissements servent le plus souvent à d'accroitre la capacité de production des entreprises. Par conséquent, plus il y a d'investissements aujourd'hui et plus il y aura de production demain.

Dès lors, en résolvant un problème aujourd’hui – les investissements permettre d'égaliser l'offre et la demande – vous en créez un nouveau demain, puisque vous aurez augmenté la capacité de production de l’économie.

Or, comme celle-ci a augmenté, il vous faudra par conséquent davantage investir demain pour ramener la demande au niveau de l'offre !

Oui mais en investissant davantage vous augmentez davantage encore la capacité de production de l’économie !

Et ainsi de suite.. pour ne pas que le capitalisme ne connaisse une crise de surproduction, il faut que toujours plus de nouveaux investissements soient réalisés !

Domar et la fuite en avant du capitalisme

Ce phénomène a dans le langage courant un nom est s’appelle une fuite en avant.

Pour prendre un exemple, c’est comme faire du vélo, on est toujours obligés d'avancer pour ne pas tomber.

Le problème est que si vous avez un mur face à vous et ne changez pas de direction, alors vous n'avez d'autres choix que :

  • d'arrêtez de pédaler et tomber.
  • Ou continuez à pédaler et vous vous prendre le mur à pleine vitesse.

Cela rappelle à bien des égards la situation que nous vivons aujourd'hui..

Heureusement toutefois, ce phénomène mis en évidence par Domar n'est vrai qu'à condition de laisser l'économie fonctionner seule. Si l'Etat intervient, cela n'est plus nécessairement vrai. Par ailleurs, les investissements peuvent être orientés de manière à ne pas servir à accumuler toujours plus de capital mais au contraire à diminuer notre emprunte écologique.

Néanmoins, si rien ne change, alors il y a toutes les raisons de croire que nos économies vont continuer leur fuite en avant vers toujours plus d'accumulation de capital et de production, de crainte que sans cette accumulation, elles ne s'effondrent.

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