Vaincre le chômage (3)

Tout le monde s’accorde pour dire que l’euro possède à la fois des qualités et des défauts.

A son crédit on peut porter le fait qu’en unifiant les devises des principales économies d’Europe continentale, il crée une monnaie relativement stable, adossée sur un espace économique puissant. Cela rend alors très difficile toute attaque des marchés financiers contre l'euro, tandis que dans les années 80 et 90 ce type d'attaque était courante contre les différentes devises européennes (le franc n’étant pas la dernière monnaie touchée !).

Le problème en revanche est que les pays qui en auraient besoin ne peuvent plus dévaluer leur monnaie. Et que les Etats n’ayant plus leur propre banque centrale pour les aider en cas de difficultés, ils deviennent paradoxalement totalement dépendants des marchés financiers pour leur financement.

Ces défauts pourraient être en partie contrebalancés par une plus grande solidarité entre pays européens et une organisation différente de la zone euro, mais ce n’est clairement pas le chemin pris actuellement.

Dans le débat entre partisans et opposants de l’euro, chacun a donc ses arguments.

Aussi certains proposent-ils d’explorer une troisième voie, qui me parait assez élégante et permettrait de nous libérer un peu du carcan imposé par l’euro tout en maintenant la France dans la zone euro. Elle permettrait donc de soulager notre économie tout en conservant l’espoir de changer l’euro de l’intérieur.

Cette voie consiste en la création d’une monnaie nationale complémentaire, ce qui reviendrait à créer une sorte de monnaie locale en France, mais à l’échelle nationale.

C’est-à-dire que la France conserverait l’euro, mais émettrait aussi pendant un temps sa propre monnaie, qui ne circulerait qu’à l’échelle nationale. Cette nouvelle monnaie aurait exactement la même valeur que l’euro (donc 1 euro-franc = 1 euro) mais serait inconvertible (on ne pourrait pas l’échanger contre d’autres monnaies).

Nous pourrions ainsi, grâce à cette nouvelle monnaie, dépenser plus dans les secteurs qui nous paraissent vitaux pour l'avenir, comme ceux relatifs à la transition écologique, sans avoir à emprunter l’argent nécessaire sur les marchés financiers, comme c’est le cas aujourd’hui, ou à se faire réprimander par une commission européenne qui nous reprocherait d’avoir trop creusé nos déficits. De plus, cette monnaie ne circulant qu’en France, elle pourrait inciter à l’achat d’une production plus locale.

Cette nouvelle monnaie demeurerait toujours dans de faibles proportions face à l’euro, de l'ordre de quelques %. Mais ces quelques % représenteraient tout de même plusieurs dizaines de milliards d'euros susceptibles de redynamiser notre économie.

Plusieurs solutions ont été envisagées pour introduire et utiliser une telle monnaie. Ainsi, André-Jacques Holbecq et Philippe Derruder, dans un excellent livre sur le sujet, suggèrent qu'elle serve à financer des services socialement utiles, d’aide à la personne ou en faveur de la protection de l’environnement.

Le parti politique Nouvelle Donne propose quant à lui qu’une certaine somme soit versée en francs à chaque citoyen de plus de 20 ans, pour créer une sorte de début de revenu de base**.

Une autre version, un peu plus jacobine, pourrait consister en ce que l’Etat paie quelques % du salaire des fonctionnaires, retraités etc. dans cette monnaie, ce qui lui permettrait de dégager des moyens importants, de l’ordre de 10 à 20 milliards d’euros par an, pour financer la transition écologique. Une telle somme correspond aux estimations souvent fournies par les écologistes pour assurer cette transition. Pour ceux qui toucheraient une partie de leur revenus dans cette monnaie, cela ne représenterait qu’une ligne à part sur leur compte, dont ils pourraient user lors de leurs achats.

Les marges de manœuvres budgétaires de l'Etat s'en trouveraient donc accrues, lui permettant de financer des activités qui nous paraissent essentielles pour l'avenir, et ce sans creuser les déficits publics ni sortir de l’euro.

A condition bien sûr que ces sommes soient bien utilisées, cela rendrait notre économie plus verte et créerait à nouveau des centaines de milliers d’emplois, dans des secteurs qui plus est très utiles pour la société.

Pour plus d'informations sur cette idée de monnaie nationale complémentaire, je vous invite à consulter les liens mentionnées ci-dessus.

Quant à moi, je résume dans un prochain billet les trois idées évoquées cette semaine pour lutter contre le chômage !

(** Je n’adhère pas personnellement à cette dernière solution, qui représenterait une dépense énorme - chaque citoyen francais recevrait une certaine somme chaque mois, quel que soit son revenu - pour un résultat à mon avis faible, car beaucoup ne feraient qu’épargner ces sommes reçues. De plus ces dépenses ne cibleraient pas directement les secteurs que notre société a besoin de développer. Je préfèrerais que les dépenses supplémentaires permises par cette monnaie complémentaire soient entièrement consacrées à la production de biens et services socialement utiles ainsi qu'à la réduction du chômage, via notamment le financement de la transition écologique.)

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