Malthus et la loi de Say (2)

Voici donc comme prévu un passage de Malthus sur la loi de Say, publié il y a deux siècles (passage que l'on retrouve aussi repris dans la Théorie Générale de Keynes).

Le texte peut paraitre obscur à certains endroits, mais en le lisant attentivement on s'aperçoit qu'il dit des choses très simples et fondamentales sur cette fameuse loi de Say qui a tant d'importance dans la science économique.

Il est ci-dessous, on en reparle dans un prochain billet !

(Petit précision : ce que Malthus appelle la consommation improductive est ce que nous appelons aujourd'hui la consommations tout court. La consommation improductive est, comme son nom l'indique, la consommation de biens et services qui ne vont pas nous aider à produire d'autres biens et services plus tard. Elle s'oppose à l'investissement - ou consommation productive - c'est-à-dire l'achat de machines, etc. qui accroissent notre capacité de production.)

"Dans presque toutes les parties du monde on voit d'immenses forces productives qui ne sont pas mises en oeuvre ; nous expliquons ce phénomène en disant que, faute d'une bonne distribution des produits existants, il n'y a pas de motifs suffisants de continuer à produire... Nous affirmons expressément qu'un très grand effort de capitalisation, qui implique une diminution considérable de la consommation improductive, doit, en affaiblissant grandement les motifs habituels de la production, entraîner un arrêt prématuré du développement de la richesse...

[...]

Adam Smith a affirmé que la parcimonie développe le capital, qu'un homme économe est un bienfaiteur public et que l'accroissement de la richesse dépend de l'excédent de la production sur la consommation. Il est indubitable que ces propositions contiennent une grande part de vérité... Mais il est bien évident qu'elles sont vraies seulement dans certaines limites, et que le principe de l'épargne, poussé à l'extrême, détruirait le motif de la production. Si chacun se contentait de la nourriture la plus simple, du vêtement le plus pauvre et de la maison la plus humble, il est certain qu'il n'existerait pas d'autre sorte de nourriture, de vêtement ni de maisons... Les deux extrêmes sont évidents, il existe donc nécessairement un point intermédiaire, même si les moyens de l’économie politique ne permettent pas de le déterminer, ou compte tenu de la capacité de production et de la volonté de consommer le motif à accroître la richesse est maximum.

De toutes les opinions que nous avons rencontrées chez des hommes intelligents et inventifs, celle de M. Say qui déclare qu'un produit consommé ou détruit est un débouché fermé nous semble la plus directement contraire à une saine doctrine et la plus invariablement contredite par l'expérience. Elle découle immédiatement de la théorie nouvelle qu'il faut considérer les marchandises les unes par rapport aux autres et non dans leurs rapports avec les consommateurs. Qu'on nous dise ce que deviendrait la demande de marchandises, si toute consommation autre que celle de pain et d'eau était suspendue pour six mois. Quelle accumulation de marchandise ! Quels débouchés ! Quel prodigieux marché cet événement ferait surgir !"

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