Intégration économique versus marges de manœuvre politiques

Les Etats-Unis ont récemment signé un traité de libre-échange avec 12 pays du Pacifique, appelé partenariat transpacifique. Et s’apprêtent à en signer un autre prochainement avec l’Europe, le fameux TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) ou TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership).

L’idée économique derrière ces traités est que toujours plus d’intégration économique et de concurrence entre les nations stimule la production de richesses. Les modèles économiques qui motivent ces traités expliquent d’ailleurs que cela augmentera le PIB des pays concernés de tant de %, et le chiffre est bien sûr toujours positif.

On peut illustrer cette relation entre gain économique et niveau d’intégration dans les modèles economiques néoclassiques par le graphique suivant.

Intégration économique versus marges de manœuvre politiques

Le problème derrière ces modèles est néanmoins le même que partout ailleurs en économie : ils sont sans chômage, sans insuffisance de la demande et tous les marchés s’ajustent parfaitement. Il n’y a pas non plus de création monétaire : ce que les uns empruntent est forcément ce que les autres ont épargné.

Comme il n’y a jamais de problèmes économiques dans ces modèles, leurs auteurs ne voient pas l'intérêt de s’interroger sur un autre aspect de cette intégration : plus un pays est imbriqué aux autres économiquement, plus il aura de mal à mener la politique économique qu’il souhaite.

En effet, si votre économie est complètement intégrée dans le commerce et la finance internationale, alors :

  • Toute politique de relance budgétaire devient plus difficile, puisque l’argent que vous dépensez partira en grande partie chez vos partenaires commerciaux.
  • Il vous est très difficile d’améliorer votre législation sur le travail ou l’environnement, car cela désavantagera vos entreprises au profit de celles de vos partenaires commerciaux.
  • La politique monétaire est également bien plus difficile à mener. Par exemple, à la moindre baisse de vos taux d’intérêt pour stimuler votre économie, vous risquez une fuite massive de capitaux, qui préfèreront aller se placer ailleurs où les taux d’intérêt sont plus forts.
  • De la même manière, une politique visant à faire baisser la valeur de votre monnaie renchérira tous les prix des biens que vous importez tandis que la politique inverse affectera la compétitivité de vos entreprises.
  • Sans parler de ces fameux tribunaux d'arbitrage international qu'instaurent ces traités et qui permettent à des entreprises de porter plainte contre des Etats lorsque les nouvelles législations mises en place par ces derniers leur semblent nuire à leurs intérêts.

Nous pourrions donc dessiner une courbe symétrique à la précédente, montrant les marges de manœuvres politiques d’un pays en fonction de son niveau d’intégration économique.

Intégration économique versus marges de manœuvre politiques

Si l’on regarde maintenant quels sont les principaux problèmes économiques auxquels fait face l’humanité en ce moment, trois paraissent primordiaux : un chômage de masse (et toutes ses conséquences en terme de pauvreté et de destruction du tissu social), des inégalités toujours croissantes et l’impact toujours plus destructeur de nos activités sur l’environnement.

Or chacun de ses problèmes appelle une réponse éminemment politique : pour créer des emplois (cf. les billets précédents), mieux répartir les richesses et diminuer l'impact de nos activités sur l'environnement.

En multipliant les signatures d’accords de libre-échange du type TAFTA, on prive donc toujours davantage nos pays des leviers qui pourraient justement les aider à affronter les grands défis actuels.

Nous devrions au contraire accepter qu'il faille rechercher un équilibre entre un certain niveau d'intégration économique entre les pays et leur capacité à conduire les politiques économiques qu’ils souhaitent.

Malheureusement nos gouvernements et les fonctionnaires zélés des institutions internationales et européennes poussent toujours dans le même sens, tout cela pour de (supposés) gains en PIB minimes (on nous dit ainsi que la mis en place du TAFTA augmentera le PIB européen au maximum de.. 0,5% !). C'est l'une des nombreuses facettes de l'absurdité de notre système économique actuel.

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